Qu’est-ce que le travail du traducteur de texte littéraire ? Quels obstacles rencontre-t-il ? Quels en sont les enjeux linguistiques et culturels? Tout d’abord, le traducteur littéraire ne traduit pas une langue par du mot à mot mais un message dans sa globalité et dans un co(n)texte donné. Traduire ce n’est pas non plus transcoder. C’est comprendre un message puis le transmettre à un lecteur étranger, construire un pont entre deux cultures, deux histoires, deux communautés linguistiques.  Ce qui rend la traduction littéraire difficile c’est que ce qui est étranger nous est parfois totalement inconnu. Les aspects linguistiques et culturels de la traduction sont au centre de la réflexion du traducteur. Comment peut-il réussir à nous transmettre un sens parfois éloigné de notre quotidien et de nos propres représentations socio-culturelles? Pour répondre à toutes ces questions j’ai choisi de m’appuyer sur le roman « Ragazzi di vita » de Pier Paolo Pasolini. Lorsque je l’ai lu pour la première fois dans sa langue originale, j’ai tout de suite été curieuse d’en découvrir la traduction française. Je me demandais comment un traducteur pouvait relever un tel défi. L’univers esthétique de Pasolini est en effet très particulier et ses romans ne ressemblent à aucune autre production littéraire italienne. Ils se présentent à la fois comme des manifestes stylistiques et politiques, un renouvellement de la force d’expression du langage à travers l’emploi du dialecte et de la parole vive mais aussi à travers l’usage parallèle de formes archaïques et métaphoriques. Pasolini est un paradoxe, un poète qui se passionne à la fois pour la dialectologie et les formes les plus hautes de la poésie, un poète engagé qui décrit le monde particulier du sous-prolétariat romain de l’après-guerre. Il est donc à la fois poète, sociologue, politologue et philosophe. Ragazzi di vita est un roman brutal qui ne laisse pas le lecteur indifférent et qui pose sans doute de nombreux problèmes au traducteur. Tout d’abord l’univers réaliste pasolinien est italo-italien, voire même dans le cas de Ragazzi di vita, totalement romain. Il est donc parfois difficile pour un lecteur étranger de comprendre l’aspect socioculturel et identitaire du roman. Comment le traducteur peut-il le transmettre? De quelle manière peut-il communiquer au lecteur français l’image réaliste et historique d’un tel monde qui lui est sans doute inconnu ? A quoi peut-il avoir recours ? Au calque ? A l’adaptation ? A l’explication ? Ses romans ne sont pas seulement de pures fantaisies, ils sont plus complexes en ce sens qu’ils s’approchent à la fois du document social et de la narration poétique. Et la traduction doit tenir compte de ces deux aspects qui font de l’auteur un poète hors normes. En plus des problèmes liés au genre et à l’aspect socioculturel, le traducteur se heurte à un autre obstacle de taille: le langage. Chez Pasolini, il est au centre de ses réflexions (politiques, sociologiques et poétiques) et de ses créations littéraires. La langue oscille entre la violence et le lyrisme, et la présence du dialecte romain va bien au-delà de la pure recherche stylistique. Il s’en sert pour s’opposer à la force traditionnelle et uniforme de l’italien standard et quotidien. Pasolini représente une nouvelle expérience narrative : l’effondrement des harmonies classiques du langage mais aussi la précision documentaliste de l’observation sociologique. En ce qui concerne le langage le traducteur se trouve face à trois problèmes fondamentaux : comment traduire les structures enveloppantes de la langue italienne ? Quelle langue choisir pour traduire le dialecte romain ? Quelles techniques utiliser lorsque la traduction semble impossible ? Chez Pasolini l’aspect linguistique est fondamental et le traducteur ne peut en aucun cas passer outre toutes les problématiques langagières, culturelles, sociales et historiques qu’il implique. Pasolini écrit sur le peuple mais surtout sur la langue. Qu’est-ce donc que de le traduire ? Pourquoi faut-il que le traducteur soit un lecteur assidu ? Traduire Pasolini est-ce un défi métalinguistique ? Sociolinguistique ? Poétique ? Quels rapports le traducteur doit-il avoir avec la langue ? Est-ce vraiment possible de le traduire?

                Toutes ces questions me semblent essentielles dans ma recherche et je tenterai d’y répondre de la manière la plus précise possible. Dans un premier temps je vous propose donc de nous intéresser plus en détail aux enjeux de la traduction littéraire. Quelles sont les particularités de ce type de texte? De quelle manière est-il sujet au phénomène de la galaxie des langues ? Le texte traduit est-il un palimpseste ? Quelles sont les caractéristiques de la littérature pasolinienne ? Cette première partie nous permettra de mieux situer l’auteur mais aussi de réfléchir à la traduction littéraire dans son ensemble. Nous nous intéresserons ensuite à  l’aspect linguistique de la traduction en s’appuyant sur le roman Ragazzi di vita. Comment respecter et transmettre le génie de la langue italienne ? Pourquoi sommes-nous favorables à une traduction libre ? Pourquoi le traducteur doit-il être un analyste bilingue du langage, dans quelle mesure la traduction automatique est-elle un leurre? Enfin, comment affronter la traduction d’une œuvre bilingue et du dialecte ? Dans un troisième temps nous nous intéresserons à l’aspect et aux enjeux socioculturels de la traduction littéraire. Comment traduire un phénomène anthropologique déterminé ? Pourquoi le traducteur de Pasolini a-t-il choisi le calque ? Les résistances culturelles sont-elles des obstacles ou des impossibilités ? L’intraduisible culturel existe-il ?

                     A travers ma recherche j’espère pouvoir vous montrer combien la traduction des  romans de Pasolini pose autant de problèmes culturels que sociolinguistiques et comment le travail du traducteur peut surmonter avec plus ou moins d’aisance tous ces obstacles. Avant de commencer, précisons qu’il n'existe qu’une seule traduction de Ragazzi di vita qui date de 1958. Le traducteur, Claude Henry a conservé l’italien pour le titre de l’œuvre en français : « Ragazzi ». Certains passages de sa traduction sont sujets à quelques controverses (la traduction souffre parfois d’imperfections, d’erreurs ou de maladresses) mais mon travail n’est pas celui de critiquer le délicat travail de Claude Henry. Mon analyse portera essentiellement sur les aspects culturels et linguistiques qu’impliquent cette traduction et beaucoup moins sur le degré de précision de la version française.

 

I. Les enjeux de la traduction d’un texte littéraire (qu’est-ce qui le différencie des autres textes ?)

             Qu’est-ce que traduire un texte littéraire ? Est-ce traduire un mot puis un autre ? Est-ce traduire un message dans sa globalité ? Pourquoi ce type de traduction est-il aussi délicat et sujet à de nombreuses réflexions théoriques ? Il nous est tous arrivé de lire une œuvre traduite en pensant que si nous l’avions lue en langue originale nous l'aurions encore mieux appréciée, encore mieux comprise. Est-ce vrai? Rien ne vaut l’original ? Un roman, une poésie ou une pièce de théâtre traduits ont-ils une valeur inférieure? Dans ce cas, pourquoi continue-t-on de traduire ? Nous savons que la traduction d’une œuvre littéraire est une contribution considérable au monde artistique. Sans elle, nous ne serions que des lecteurs inconséquents, ignorants. Sans la traduction littéraire nous serions comme illettrés. Elle joue donc un rôle fondamental dans la vie de chacun.  La littérature et sa traduction nous permettent d’échanger et de construire des ponts entre communautés étrangères. Elles véhiculent des messages élaborés à une certaine époque qui adressent aux hommes. A tous les hommes ? Est-ce possible que la traduction réussisse à reconstruire la tour de Babel ? Peut-on tout traduire ? Les communications littéraires sont-elles universelles ?

 

1- Un texte en mouvement aux milles interprétations

               Le texte littéraire se distingue nettement des autres types de textes auxquels un traducteur peut se confronter. Par exemple, un mode d'emploi, un article scientifique ou un manifeste politique n'ont pas la même variabilité interprétative qu'une œuvre poétique ou théâtrale. A la différence des textes scientifiques ou techniques, le texte littéraire est instable, sujet à de nombreuses interprétations selon les époques, les courants, les cultures et les lecteurs. Chaque acte linguistique mais aussi artistique a une détermination temporelle et spatiale et chaque texte appartient à un temps historique précis qui va déterminer son interprétation. Pasolini est marxiste ou pornographe dans les années 60, révolutionnaire dans les années 70 et poète engagé et martyr dans les années 2000 et rien n'est sûr qu'il ne soit pas oublié dans une dizaines d’années. Comment traduire un texte qui peut s’interpréter de différentes manières ? Dans quelle mesure cela peut-il devenir un obstacle culturel et linguistique ? Le traducteur est avant tout un lecteur qui interprète le texte. Or lire Pasolini en Italie et en France à la fin des années 50 (la traduction de Claude Henry date de 1958) est-ce que cela provoque le même impact que dans les années 2000 ? Le texte en lui-même reste intact, sa traduction aussi puisque il s'agit de la seule que l'on puisse trouver. Or cela signifie-t-il que rien n'a changé ? Aujourd'hui la lecture de Pasolini n'est pas interprétée comme elle l’a été il y a cinquante ans. A l'époque, l'auteur est considéré comme un militant marxiste engagé dans la  politique sociale et parfois même comme un pornographe obscène mettant en scène des jeunes garçons se prostituant. Aujourd'hui, l'auteur ne risquerait plus la censure ni les nombreux procès qu'il a subis, pour la plupart, il est considéré comme un poète génial, un intellectuel et témoin de son époque. Ragazzi di vita qui fut alors accusé d’obscénité n'est aujourd'hui plus considéré comme un roman scandaleux.

                Le texte littéraire est donc en mouvement, ce qui n'est pas le cas d'un article scientifique dont le contenu n'est ni sujet à des interprétations ni à la variabilité. La traduction littéraire se heurte à un premier problème de taille : l’instabilité qui lui est propre. Hier, l'intégration du dialecte était choquante, nouvelle, imprévue ; de plus le choix de mettre en scène les faubourgs pauvres de la capitale a été perçu comme le symbole d'une lutte sociale. Or si demain, une maison d'édition décidait de retraduire Ragazzi di vita, le traducteur ne ferait pas les mêmes choix (linguistiques, représentations culturelles et littéraires). Ce texte n'a plus la même portée politique (il n'est plus perçu comme une lutte mais comme un témoignage social), il n'est plus aussi scandaleux, et est apprécié à la fois pour son esthétique poétique que pour sa signification historique. Les mouvements des textes littéraires doivent être pris en compte dans le domaine de la traductologie. Henri Meschonic[1] parle d'historicité au sujet de la traduction, car comme le texte, elle appartient elle aussi à son temps et à son lieu. Les mouvements sont donc bilatéraux, ils concernant à la fois l’œuvre en langue originale, mais aussi sa traduction. Dans le cas de Ragazzi di vita il faut donc prendre en compte l'aspect spatio-temporel et culturel de Pasolini et de Claude Henry. Dans les années cinquante l’Italie est en pleine industrialisation, elle bénéficie aussi d'un grand rayonnement intellectuel et artistique dont profitent les classes les plus favorisées. Les conditions de vie des prolétaires touchent les militants politiques mais aussi de nombreux écrivains. Ragazzi di vita n'est pas seulement une œuvre poétique, c'est aussi un témoignage sur une population délaissée et condamnée. De même, en France, le milieu prolétaire va inspirer de nombreux artistes. La traduction française de ce roman coïncide avec la culture italienne. La traduction de Claude Henry correspond à l'image interprétative que les lecteurs et critiques ont eue à la publication de l'originale en 1955. Le traducteur est favorisé car il livre un message temporellement et culturellement proche de la culture française engagée de cette époque. Cela n’était pas le cas aux Etats-Unis dans les années 50 où l’engagement politique et artistique envers le mouvement prolétaire était  surveillé de près par le maccarthysme. Ce sera finalement le poète engagé Jack Hirschman, proche du mouvement de la beat generation qui fournira une traduction de Pasolini à la fin des années 60, soit plus de quinze ans après la publication de l’œuvre originale. Pour qu’une traduction puisse avoir lieu et qu’elle ait un impact sur le lecteur, elle doit donc coïncider avec un temps et un lieu déterminés, propices, prêts  à l’accueillir.

 

2-      La traduction littéraire est sujette au phénomène de la galaxie des langues

                      Certains auteurs ou certaines œuvres ne sont pas traduits d’une langue à l’autre (à la différence des modes d’emploi par exemple). Cela pour des raisons culturelles (censures, désintérêt etc.) linguistiques (pas de traducteur expert), et économiques. Des auteurs comme Molière ou Shakespeare sont traduits dans presque toutes les langues car ils incarnent à la fois une langue illustre (on dit souvent que le français est la langue de Molière et que l'anglais est celle de Shakespeare) et appartiennent à un patrimoine culturel national, représentant la littérature française et anglaise dans le monde. Leur traduction permet à de nombreux étudiants et lecteurs d'apprécier le génie de leur langue et de découvrir le rayonnement littéraire auquel ils ont largement participé. On choisit de traduire en de très nombreuses langues certains auteurs qui ont contribué à la véhicularité de la langue et de la culture d'un pays. Leurs œuvres traduites sont alors une sorte de promotion et de diffusion de la culture et paradoxalement aussi de la langue (même si une œuvre est traduite, nous le verrons plus tard, il n'en reste pas moins que si elle est bien faite, le génie de la langue d'origine reste perceptible). Or tous les auteurs n'ont pas le même privilège. Certains ne sont pas traduits ou le sont peu, non pas parce qu’ils ne véhiculent pas la culture de leur pays, mais parce qu'ils ne génèrent pas suffisamment de bénéfices. Les raisons de la non traduction sont le plus souvent économiques et non pas seulement linguistiques ou culturelles. Dans les années cinquante et soixante Pasolini est connu, il fait la une des journaux pour ses œuvres jugées scandaleuses et il fait partie du cercle d'intellectuels italiens qui prend ouvertement la parole dans les débats politiques, il est donc potentiellement intéressant d'un point de vue financier pour les maisons d’éditions françaises. De plus, l'Italie est à l’époque en plein essor culturel, elle vit ses années glorieuses d'un point de vue artistique (ces années voient apparaître des acteurs et cinéastes comme Marcello Mastroianni, Federico Fellini, Sophia Loren ou Vittorio De Sica ou des auteurs comme Alberto Moravia, Italo Calvino et Elsa Morante). La traduction de Pasolini à la fin des années cinquante coïncide avec l’époque glorieuse d'une Italie en pleine expansion internationale. On commence à s’intéresser à ce pays et à sa culture à travers les productions littéraires et cinématographiques. Si Pasolini avait écrit en 1930 aurait-il été traduit immédiatement ? Je ne le crois pas. Il a bénéficié de la position internationale de l'art italien. De plus, en tant qu'italophone, Pasolini avait moins de chance d'un anglophone d’être traduit.  La galaxie et la hiérarchie des langues dans le monde est clairement présente dans le domaine de la traduction littéraire.

             Un italophone, un turcophone ou un suèdophone sont soumis à la loi du marché des langues. La traduction de leurs œuvres littéraires dépend de leur rayonnement artistique et intellectuel (voire même politique) à un moment donné. Si l'on voit moins d'auteurs turcophones que germanophones ce n’est pas forcément qu'il y en a moins, c’est parce que nous avons moins accès à leurs traductions. Certaines d'entre elles sont d'ailleurs très rares. La traduction littéraire de l’écrivain marocain Driss Chraibi est introuvable en malgache ou en malaisien. Cette absence est due au manque financier de trouver ou de former des traducteurs experts mais surtout à l'aspect culturel de son œuvre. L'histoire des révoltés du Haut-Altlas[2] peut-elle toucher ou intéresser des lecteurs malaisiens ? Je pense que toute culture peut se rencontrer, se confronter, se plaire. Par contre il est vrai qu'au-delà du fait que le marché des langues et son aspect financier ont décidé à la place des intéressés, la culture malaisienne reste tellement éloignée de celle berbère que les maisons d’édition ont pris la décision de ne pas les faire se rapprocher. Le texte littéraire a une double fonction cruelle: il  uni et exclu à la fois des lecteurs de toute origine.

 

3-      Traduction littéraire : copie, traîtrise et palimpseste ?

 

               Certains accusent la traduction littéraire d’être une mauvaise copie, d'autres d’être une trahison, d'autres encore un palimpseste. Une bonne traduction n'est rien de tout cela. Si elle est de bonne qualité, elle n'est pas une pâle copie puisque le traducteur s'est engagé à devenir lui-même poète. Puisque la traduction s'appuie sur l’analyse formelle, linguistique et culturelle du texte, celui qui l'entreprend doit étudier le génie de la langue source mais aussi le transmettre à travers le génie de la langue cible. Le traducteur est donc en position de créateur. Son travail n'est donc pas de recopier une œuvre mais bien de la recréer afin de la transmettre. Il ne copie pas, « la traduction littéraire, bien d'avantage qu'une opération linguistique ou scientifique est décidément une opération littéraire et poétique, donc une création artistique[3] ». Son travail ne se limite pas à du mot à mot (cela serait d'ailleurs une très mauvaise copie). Au contraire, son devoir est  d'adresser au lecteur une œuvre artistique étrangère qui doit à la fois conserver son essence poétique (son esthétique, son style et son langage poétique, dialectal, archaïque etc.) et revêtir l'aspect linguistique et culturel de la langue cible. La traduction c'est une « opération de créolisation[4] ». Ainsi, l'univers culturel et linguistique  de Pasolini est recrée par le traducteur français à travers le calque et l'adaptation (nous le verrons plus tard). Le livre français Ragazzi est une œuvre à laquelle ont participé Pasolini et son traducteur Claude Henry. Celui-ci n'est d'ailleurs pas non plus un traître. La version française avoue être une traduction (elle n'est donc pas déloyale envers les lecteurs).De plus, la traduction n'est pas non plus infidèle puisqu'elle se met à la fois au service de l'original et du lecteur en langue cible. L'aspect culturel et historique des conditions de vie sous-prolétariat romain et l'aspect linguistique identitaire du dialecte sont tous les deux représentés. Même si dans la version française ils varient (nous le verrons bientôt) ils n'en restent pas moins au cœur de l’œuvre et de la réflexion du traducteur.

                Enfin, la traduction n'est pas un palimpseste car elle ne se définit pas dans la déconstruction ou dans l’effacement mais dans la recherche d’un alter-ego culturel et linguistique (par exemple l'utilisation de l'argot pour le dialecte romain) et participe au concept de créolisation des langues. Ainsi, aux questions : la traduction littéraire est-elle une œuvre à part entière ? Vaut-elle autant que l'originale ? Je répondrais volontiers: oui, pourvu qu'elle soit bien menée. Si le traducteur est suffisamment habile et éclairé (sur l'auteur, sur la langue source et ses enjeux culturels, historiques et sociaux, ainsi que sur le contexte culturel dans lequel l’œuvre a été écrite mais aussi dans lequel les personnages évoluent) il est capable de nous fournir une œuvre du même calibre que son originale. L'une est le reflet de l'autre mais non pas à l'identique comme certains le prétendent. Elles se reflètent comme des jumelles ou des doubles d'origines étrangères. Les deux œuvres délivrent le même message et procurent les mêmes émotions. Même si la langue et la culture ne peuvent se transmettre à l'identique parce que la société des lecteurs cibles, leur histoire et leurs représentations (culturelles et linguistiques) se distinguent des originaux, la traduction littéraire reste la création poétique d'une adaptation culturelle et linguistique d'un phénomène social déterminé, et cela principalement dans le cas de Pasolini.



[1]Poétique du traduire, H. Meschonic, ED. Verdier, Paris 1999

[2]Une enquête au pays (1981)

[3]Daniel Lèvêque « Pour une traduction littéraire respectueuse des « actes délibérés » et des « actes manqués » de l'auteur : deux partitions à interpréter », in « La traduction. De la théorie à la pratique et retour », sous la direction de Jean Peeters, Ed Presses universitaires de rennes, 2005

[4]Edouard Glissant, conférence inaugurale des « onzièmes assises de la traduction littéraire (Arles 1994) », Ed Actes Sud 1995