Les sociétés, comme les langues ne sont pas aussi homogènes que l'on pourrait le croire. On parle par exemple de la “société italienne” et de la “langue italienne” sans tenir compte qu'en réalité la micro-société milanaise, romaine ou napolitaine (pour ne citez que ces exemples) ne partagent ni les mêmes valeurs socioculturelles, ni les mêmes les codes linguistiques. La langue italienne n'est pas la même sur tout le territoire, il existe une grande diversité linguistique (présence de variantes, de dialectes, de langues étrangères …).

Tout individu membre d'une société est catégorisé en sous-groupes selon des critères économiques (les personnes aisées, classe moyenne, prolétaires ..), sociaux (travailleurs, dirigeants, étudiants, sans emploi, retraité …), générationnels (personnes âgées, jeunes, enfants …), géographiques (ruraux, urbains, périphérie..) et d'autres encore. La diversité sociale est étroitement liée à la diversité langagière et souvent, les inégalités sociales se retrouvent dans l'utilisation de la langue.

 

Prenons l'exemple de l'accès à la langue nationale et aux langues étrangères. Par exemple, la micro-société romaine se différencie nettement de celle du petit village de montagne Sant'Angelo Romano (province de Rome). Les habitants de la capitale industrialisée, commerçante, cosmopolite, universitaire et touristique sont pour la plupart alphabétisés et et adoptent facilement l'usage de la langue standard italienne (on note souvent une forme de bilinguisme entre le dialecte et la langue nationale). Les romains, pour la très grande majorité ont donc accès à la fois à la variété haute (l'italien) et à la variété basse (le dialecte). De plus beaucoup d'entre eux (étudiants, enseignants, commerçants, personnes travaillant dans l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, l'édition..) connaissent au moins une autre langue étrangère. Résider dans une société urbaine signifie que les habitants ont un plus grand accès à la langue nationale (université, administrations, services publiques, théâtres, écoles de langues, instituts de culture étrangers..) et à la diversité linguistique (contacts avec la population étrangère – touristes ou immigrés, contacts avec des italiens parlant un autre dialecte venus d'autres régions pour travailler ou étudier …)

Cela n'est pas le cas dans une société rurale, comme celle de Sant'Angelo Romano où il n'existe aucune école de langues étrangères, où la langue standard est parfois à l'état rudimentaire où le dialecte local est favorisé dans les interactions quotidiennes.

Il n'y a bien évidement aucun type de hiérarchisation socioculturelle entre environnement urbain de Rome et l'environnement rural de Sant'Angelo Romano. Aucune société ne peut être proclamée supérieure à l'autre. Cela dit il est très intéressant de constater que la langue participe pleinement à l'identité socioculturelle des membres d'une société.

Prenons l'autre exemple de l'intensité de communication entre les individus. On remarque dans un milieu rural les membres de la communauté préfèrent ou sont plus à l'aise dans des interactions avec d'autres membres identifiables plutôt qu'avec des étrangers (il existe des obstacles à la communication, il peuvent être physiques (montagnes, forets, lacs) socioculturels (diplômé ou non, travail ..) et linguistiques (dialectes, variantes, langue nationale ou étrangères). En revanche dans un milieu urbain comme dans la ville de Rome les locuteurs ont une intensité communicative plus importante due à la présence de nombreux commerces, d'université, de lieux publics, d'étrangers...

En ce qui concerne la norme linguistique (fondée en générale sur la langue standard et qui préconise de façon arbitraire ce qu'il faut dire (ou non) et comment le dire dans telle ou telle situation), il est clair qu'elle fait partie de l'ensemble de des normes sociales établies. Les normes partagées par la société romaine (distinction socioculturelle entre l'usage du dialecte et de la langue nationale par exemple) ne correspondent pas forcément avec les normes partagées des locuteurs de Sant'Angelo Romano. Ces derniers s'exposent donc à des sanctions, à des commentaires critiques et à un déclassement social de la part des locuteurs urbains, ce qui engendre une forme d'insécurité linguistique qui peut empêcher une bonne interaction sociolinguistique entre les locuteurs urbains et les locuteur ruraux.

Conseil de lecture : Société, langue et discours, de C. Baylon