Les langues minoritaires que nous avons évoquées plus haut ont trouvé un appui fondamental, la loi, qui les protège et qui garantit leur survie et leur place dans le patrimoine national. Cependant, ce ne sont pas les seules langues minoritaires présentes sur le territoire. Qu'en est-il des autres? Les régions qui ne bénéficient pas de statut spécial ne sont-elles pas exclues de la politique linguistique italienne? En effet le napolitain ou le calabrais ne sont pas admis dans l'administration publique, aucune loi parlementaire n'a été proclamée pour les défendre ou les protéger. Pourtant comme nous l'avons précisé plus haut, le napolitain, par exemple, n'est pas un dialecte mais une langue qui s'est développée de manière autonome. Cependant le gouvernement italien ne la reconnaît pas comme telle. Pour que ces langues minoritaires fassent partie de la scène politico-linguistique italienne il faut d'abord qu'elles soient reconnues comme des langues à part entière, distinctes du système linguistique de la langue italienne. Pourquoi ne sont-elles pas reconnues comme telles? Les langues minoritaires que nous avons citées plus haut ont en réalité beaucoup bénéficié du fait qu'elles soient d'origine française, allemande ou slovène. La pression des locuteurs mais aussi de la politique internationale sur le Parlement italien a réellement contribué à ce changement. Ces langues ont été favorisées pour des raisons qui ne sont pas que linguistiques mais bel et bien politiques (relations économiques, historiques, militaires, culturelles entre la France, l'Allemagne, la Slovénie et l'Italie). Le napolitain, qui ne compte pas de locuteurs logés aux frontières italiennes ne bénéficie donc pas du même poids politique international. La distinction de la part de l'État entre langue et dialecte est surtout politique et non linguistique. Le linguiste norvégien Einar Haugen l'illustre parfaitement en disant qu’une « langue est un dialecte avec une armée et une flotte ». Les langues minoritaires non reconnues par l'État italien sont les suivantes: langue tsigane, le ligure, le piémontais, le vénitien, le sicilien, les langues émilienne et romagnole, le lombard, le napolitain et les langues méridionales. Pourtant ces langues ont tous les critères essentiels pour être définies comme minoritaires : le critère numérique, identitaire (la langue appartient à un groupe clairement identifiable associé à une culture), géographique et urbain (concentration de locuteurs sur une même zone géographique : la région ou l’agglomération). Ces divergences et discriminations sont de nature politique (car nous savons que beaucoup de ces soi-disant dialectes sont en réalité des langues qui naissent en même temps que l'italien vulgaire et qui ont connu leur propre évolution syntaxique, lexicale, phonétique etc.). Ce refus de reconnaissance est dû à un certain manque de prestige, d'utilité économique et commerciale. Le napolitain est moins utile à l'État et à la communauté internationale que le français ou le slovène. Pourtant, aujourd'hui, il en va de leur survie. Sans l'intervention d'une politique linguistique équitable, les langues minoritaires du territoire italien risquent de disparaître à cause de l'indifférence parlementaire et non du manque de locuteurs ! En effet, la résistance (politique) des locuteurs est assez forte pour que la transmission (surtout orale) des langues persiste. De plus, beaucoup d'artistes s'expriment à la fois en italien et en langue minoritaire; cette dualité est un fait culturel que l'Italie connaît du Nord au Sud et qui continue d'exister encore aujourd'hui. Si les locuteurs et les artistes (qui représentent culturellement et linguistiquement l'Italie sur la scène internationale) continuent à ne pas abandonner les langues minoritaires, l'État a le devoir de les protéger. Pour cela il faut les reconnaître comme des langues, créer de nouvelles lois, reconnaître l'Italie comme un pays plurilingue et multiculturel et encourager la diffusion et la protection de ces langues comme faisant partie entière du patrimoine culturel national. Dans le cas contraire on risque les phénomènes de minoration (qualitative) et de minorisation (quantitative).