Autres définitions :

L'insécurité linguistique: (définition de Louis-Jean Calvet)

« On parle de sécurité linguistique lorsque, pour des raisons sociales variées, les locuteurs ne se sentent pas mis en question dans leur façon de parler, lorsqu’ils considèrent leur norme comme la norme. A l’inverse, il y a insécurité linguistique lorsque les locuteurs considèrent leur façon de parler comme peu valorisante et ont en tête un autre modèle, plus prestigieux, mais qu’ils ne pratiquent pas. » (La sociolinguistique, Que sais-je).

Un locuteurs qui se trouve en situation d'insécurité linguistique ont un sentiment de malaise ou d'infériorité par rapport aux autres qui maîtrisent mieux les normes (phonétiques, syntaxiques, orthographiques ou lexicales) de la langue.

 

Bilinguisme individuel :

 

C'est-à-dire la capacité d'un individu de pouvoir communiquer en plusieurs langues (minimum de deux langues). Il existe plusieurs types de bilinguismes :

- bilinguisme juxtaposé : chaque langue a une fonction précise dans la vie quotidienne (par exemple : on parle anglais au travail et français à la maison)

- bilinguisme alterné : l'individu emploi les langues en alternance de manière indifférente.

- bilinguisme additif : les deux langues ont la même « valeur » dans les représentations de l'individu.

- bilinguisme soustractif : l'une des langues est dévalorisée (phénomène d'insécurité linguistique et de diglossie)

- bilinguisme simultané : les langues ont été apprises en même temps, l'individu est une bilingue « natif »

- bilinguisme successif : les autres langues ont été apprises dans un deuxième temps



Bilinguisme collectif :

C'est-à-dire lorsque sur un même territoire les locuteurs parlent au moins deux langues (qu'il s'agisse de la langue nationale, officielle ou régionale). On distingue :

- le bilinguisme horizontal : les langues ont le même statut et les mêmes représentations (par exemple anglais et français)

- le bilinguisme vertical : les locuteurs parlent une langue officielle (« variété haute ») ainsi qu'une variante régionale, un dialecte ou une langue minoritaire (« variété basse ») (par exemple : l'anglais et le gaélique irlandais)



Diglossie : définition de Fishman (1967)

La diglossie est un concept sociolinguistique qui analyse la coexistence de deux langues sur un même territoire. Fishman distingue le bilinguisme (qui relève de l'individu) et la diglossie qui est un phénomène social.

Prenons l'exemple du Val d'Aoste où l'italien est la langue majoritaire, le français langue co-officelle mais minoritaire et le franco-provençal langue minoritaire mais parlée presque quotidiennement

Diglossie et Bilinguisme    1

Bilinguisme sans Diglossie   2

Diglossie sans Bilinguisme    3

Ni Diglossie Ni Bilinguisme     4

 

- La situation numéro 1 (Diglossie et Bilinguisme) représente une communauté linguistique où il existe un bilinguisme (ou trilinguisme) individuel et l’emploi diglossique de deux (ou trois) langues. Ainsi, l’italien et le français sont clairement les variétés hautes de la communauté linguistique. Le français et l’italien sont les langues officielles dans le service public et dans le domaine éducatif. Elles sont aussi majoritairement représentées dans les média (presse, télé, radio, internet). Le franco-provençal représente donc la variété basse réservée à la famille et à l’intimité, c’est la langue du foyer et elle n’est pas institutionnalisée. Notons aussi que la plupart des locuteurs ont surtout une compétence orale de la langue à la différence du français et de l’italien dont le système écrit est enseigné. Cette diglossie ne semble pourtant pas créer de phénomène d’insécurité linguistique puisque le franco-provençal est avec l’italien la langue de communication privilégiée. On trouve donc face à deux variétés hautes (VH), deux langues de communication (LC) et deux langues de scolarisation (LS).

Italien : VHparitaire+LC2+LSparitaire

Français : VHparitaire – LC + LSparitaire

Franco-provençal : -VH+LC1-LS

 

- La situation numéro 2 (Bilinguisme sans Diglossie) représente soit la présence de deux ou plusieurs langues dans la même zone géographique mais elles sont parlées par des groupes unilingues différents (ce n’est pas le cas du Val d’Aoste), soit le fait que des individus bilingues emploient deux ou plusieurs langues sans créer de conflit entre elles. C’est le cas de l’italien et du français dans le domaine de l’administration et de l’éducation. Les deux langues coexistent au même niveau de la variété haute, le locuteur est juridiquement libre d’employer l’une ou l’autre sans le risque d’insécurité linguistique.

- La situation numéro 3 (Diglossie sans Bilinguisme) représente des locuteurs non bilingues parlant soit la variété haute soit la variété basse du territoire linguistique. Cette situation n’existe plus aujourd’hui au Val d’Aoste car la région s’est largement italianisée (la variété haute est aujourd’hui connue de tous). En revanche une telle situation a probablement existé à deux reprises dans l’histoire linguistique du Val d’Aoste. Au XVIème siècle lorsque le français est déclaré langue officielle par l’édit de Rivoli les locuteurs de la région n’avaient qu’une connaissance passive de la langue (lecture) voire même aucune. Il n’était alors pas question de bilinguisme et la connaissance ou non de la variété haute a sans doute créer des phénomènes d’insécurité linguistique. La période d’italianisation de la région peut aussi être représentée par la situation 3 car à l’époque l’italien, imposé lui-aussi comme variété haute, n’était pas parlé par tous les valdôtains. Cette situation a d’ailleurs engendré la résistance linguistique valdôtaine pour la protection de la langue française.

- La situation 4, situation de monolinguisme n’est pas propre au Val d’Aoste. Cela dit il est tout à fait possible que certains locuteurs soient effectivement monolingues soit parce qu’ils n’ont pas été scolarisés dans la région et n’ont donc pas bénéficié de l’avantage de l’école bilingue, soit parce qu’ils ne sont pas natifs de la région ou étrangers et ne parlent qu’une seule langue. C’est le cas de nombreux travailleurs immigrés venus s’installer dans la région (selon les chiffres de l’Istat en 2009 la population immigrée représente environ 6% de la population totale). Leur statut de monolingue n’est souvent que passager. En effet ne serait-ce que pour trouver un travail ils doivent pouvoir communiquer en Italien et de nombreux centre d’apprentissage de langue italienne se sont créés pour répondre à cette demande. Cela dit il faut tout de même souligner que de nombreux immigrés proviennent d’Afrique du Nord et certains sont donc francophones. La destination du Val d’Aoste n’est donc pas un choix anodin, sa situation plurilingue permet aux nouveaux migrants de pouvoir mieux appréhender le système scolaire et administratif.